Hap Ki Do: art martial coréen

Le HapKiDo est un art martial coréen. Il signifie "la voie de la coordination et de la puissance Interne". Il comprend une grande variété de techniques dynamiques : Clés, immobilisations, projections, balayages, percussions pieds poings, chutes.
Les 2 principales figures coréennes qui ont contribué au développement du HapKiDo sont Me Choi Yong Sul (1904 - 1986) souvent considéré comme le fondateur du HapKiDo et Me Ji Han Jae, élève du 1er, mais qui a apporté sa propre contribution en intégrant nombre de techniques de percussion de pieds. Me Ji est souvent considéré comme le "père" du HapKiDo Moderne, même si le fondateur Choi Yong Sul avait d'autres élèves directs qui ont suivi des voies parallèles à Me Ji et qui lui contestent certaines de ses affirmations.

Les origines

Me Choi Yong Sul

Il est acquis que les techniques de clés et projections du HapKiDo sont largement influencées par l'art martial japonais : Daito-Ryu Aiki-Jutsu.
Le fondateur Choi Yong Sul a pratiqué le Daito-Ryu Aiki-Jutsu pendant son séjour au Japon avec un maître de cette discipline : Sokaku Takeda. Les liens exacts (Maître/disciple ou Maître/serviteur) entre les 2 hommes varient selon les versions. Il était cependant reconnu une grande proximité technique sur une longue période qui a servi Choi Yong Sul.
Quand on connaît les relations difficiles entre les peuples Japonais et Coréens, on peut comprendre l'extraordinaire chemin parcouru par le jeune orphelin Choi, qui a grandi au Japon sous le nom d'emprunt japonais de Tatujutu Yoshida et qui a réussi à gagner la confiance d'un grand maître d'arts martiaux japonais pendant presque 30 ans.
Choi retourna en Corée en 1945 et reprit son vrai nom. L'histoire raconte qu'après des années difficiles, en 1948, celui-ci eut l'occasion de démontrer les techniques apprises au Japon lors d'une rixe contre plusieurs individus. Suh Bok Sup, le directeur de l'entreprise Suh-Brasserie, témoin de cet incident - lui-même ceinture noire de Judo fut intrigué par les techniques démontrées, convoqua Choi pour en savoir un peu plus.

Pendant cette entrevue, Choi demanda à Suh de lui faire une prise de Judo. La tentative de ce dernier fut contrée immédiatement par une technique fulgurante et douloureuse de la part de Choi. Impressionné, Suh proposa à Choi une association afin de développer le style pratiqué par celui-ci et que Choi appela Yoo Sool (qui est le nom coréen pour le Jiu-Jitsu) en y ajoutant quelques techniques propres à lui et qu'il enseigna en privé à Suh et à quelques privilégiés dans le dojang de l'entreprise de Brasserie. En 1951, Choi et Suh décidèrent de créer une école ouverte à tous qu'ils intitulèrent Yu Kwon Sool Hap Ki Dojang. Suh devint le 1er élève de Choi dans cette discipline.

Divers incidents relatés directement par Suh Bok Sup donnèrent une vision violente de la société coréenne de l'époque et qui démontrèrent à un certain public de l'efficacité du Yu Kwon Sool Hap Ki. Suite à ces péripéties, Choi fut engagé comme garde du corps par le père de Suh, élu député. Ce qui permit à Choi à passer à la vitesse supérieure dans la promotion de son style.

Photo rare de la 1ère génération de Maîtres de HapKiDo autour du fondateur Choi.
•    1er rang, à droite du fondateur Choi Yong Sul, Lee Tae-Jun, Myung Kwang-Sik, Han Bong Soo, sur sa gauche, Ji Han-Jae, Song Young-Kil, Kim Duk-In, Kwon Tae-Man 
•    2ème rang : Myung Jae-Nam, non identifié, Hal Bok, Yum Jong-Ho, Kim Jong-Taek, Kim Jong-Jin, non identifié, non identifié, Kim Hung-Su, non identifié.
Photo remise par Me Kim Beom de l’école Duk Moo Kwan

Me Ji Han Jae.

Né à Andong en 1936, la famille du jeune Ji fuit l'occupation japonaise quand celui-ci avait 3 ans et se réfugia en Chine. Le jeune Ji revint en Corée en  1949. A 13 ans, il commença l'entraînement du Yu Kwon Sool avec Me Choi jusqu'en 1956. En parallèle, il pratiqua le TaeKyon avec un moine taoiste, ainsi que le jang-bong (baton long) et dan-bong (baton court). Me Ji pratiqua également la méditation pendant de nombreuses années avec une moine bouddhiste.
En 1958, alors 3ème Dan, Ji quitta la ville de Daegue et revint à Andong où il ouvrit ses 2 premières écoles qu'il appela Sung Moo Kwan. Après quelques mois, Ji déménagea à Séoul. Dans l’entourage de Ji Han Jae, on retrouve quelques figures connus tels Myung Kwan Sik et Bong Soo Han, qui partirent ensuite aux Etats-Unis où ils ouvrirent un grand nombre d'écoles de ce qui deviendra par la suite le HapKiDo. Plus tard, Ji affirmera que ces Grands-maîtres étaient ses élèves, ce que contesta amèrement Bong Soo Han qui reconnaissait Ji Han Jae comme son « senior » et ami, mais pas comme son professeur. Contrairement au grand frère Taekwondo qui a connu à ses débuts de tels conflits d’égo, cette attitude reste assez présent du HapKiDo et se retrouve encore dans tous les pays.
Me Ji Han Jae est venu en 1997 faire un stage en France sur invitation du 1er groupe constitué autour de Julien Loesch – l’actuel président de la Commission Nationale de HapKiDo

Photo rare du groupe de protection de la présidence coréenne autour du général/président Park Chung Hee. Photo remise par Me Kim Beom de l’école Duk Moo Kwan.

Hap Ki Do

Ji Han Jae commença à adapter les techniques de bâtons, de percussion (Taekyon), de méditation/concentration avec celles de son maître Choi Yong Sul pour en faire un style personnel. Il pensa utiliser le terme Hapki-Yoo-Kwon-Sool, mais le développement des autres grands styles coréens de l'époque Tae Kwon Do, Soo Bakh Do, Kong Soo Do, etc... qui utilisèrent la terminologie "Do" signifiant "voie" lui semble plus approprié que le terme "sool" qui définit avant tout une technique ou un style. En plus, le terme Hap Ki Do était plus simple et plus court. Il en fut ainsi et le nom moderne de la discipline Hap Ki Do vit le jour en 1959 et fut associé à Me Ji Han Jae. "Hap" signifiait unifier/coordonner, "Ki" voulait dire énergie (interne ou physique et "Do" était la voie pour unifier/coordonner l'énergie physique et mental en une seule entité.
Par respect pour son maître Choi, Ji lui présenta l'usage du terme et de la philosophie du Hap Ki Do. Me Choi enseigna alors le Hap Ki Do, sans couvrir tout le cursus - notamment les techniques d'arme et la majorité des coups de pieds jusqu'à sa mort en 1986. 

D'autres versions contredirent cette affirmation en attribuant la paternité du nom Hap Ki Do à Me Choi lui-même. Il fut également dit que Ji Han Jae découvrit un livre japonais sur l'Aïkido qui montrait la grande similitude calligraphique entre le terme japonais et le mot Hap Ki Do. Le Japon était très impopulaire, Ji abandonna alors le terme "Hap" pour garder seulement le nom Ki Do. Le 2 septembre 1962, le gouvernement Coréen homologua la "Korea Kido Association" qui réunissait et codait le fonctionnement et la promotion des grades de 31 écoles d'arts martiaux coréens. Suite à des conflits d'intérêts * et à des différences de philosophie, Ji quitta un peu après, le groupement Kido et reprit le terme de Hap Ki Do. 

* Les conflits d'égo et des divergences d'opinion sont une des marques de fabriques du Hap Ki Do. Situation que nous retrouvons dans les pays où la discipline s'est implantée. Il manque au HapKiDo, un grand organisateur avec une personnalité forte, tel que le Dr Kim Un Yong qui a unifié les diverses de Taekwondo - voir article écrit par Julien Loesch.

Développement du Hap Ki Do

En 1962, Ji inaugura une nouvelle école dans le centre commercial Hwa Shin. Un peu après, il fut recruté comme instructeur par la sécurité du nouveau président coréen : Park Chung Hee. Il resta à ce poste jusqu'au décès* du président Coréen en 1979. En 1969, Ji enseigna le Hap Ki do au FBI et aux Services Secrets américains en charge de la sécurité des présidents américains. En 1984, après un séjour en Allemagne, il s'installa définitivement aux Etats-Unis et créa le style Sin Moo HapKiDo qui est associé depuis, à son image.

Le président Park fut assassiné par le directeur de l’agence de sécurité intérieure KCIA.