Jean-Dominique Brouland -"Celui qui remet en selle"
C’est en judoka déterminé, avec déjà quinze ans d’expérience derrière lui, que Jean-Dominique Brouland découvre le taekwondo. « J’adorais le judo. Mais un soir, un ami m’a amené dans un club pour me faire découvrir cette discipline un peu nouvelle pour nous et j’ai tout de suite été convaincu ». Il faut dire que ce natif de la Suisse n’a pas totalement le tempérament que l’on prête aux Helvètes. Il apprécie l’affrontement et ce qu’incarne le taekwondo de sa génération : la première discipline pieds-poings qui permet le « full contact », où, se souvient-il, les karatékas venaient s’étalonner et améliorer leurs coups de pied dans une ambiance de fraternité encore très « virile ». En homme concerné, il aime aussi à rappeler que c’est dans la pratique du taekwondo que toutes les protections modernes ont été élaborées avant de diffuser dans d’autres disciplines. Et ce médecin de formation apprécie, au-delà de l’efficacité du système, la rigueur et la structure des arts martiaux coréens, leur implantation mondiale et les organisations supranationales qui permettent une unité culturelle, le contrôle des grades. Le face-à-face oui, mais dans l’esprit.
Que peut-il arriver à un médecin urgentiste spécialiste de traumatologie possédé par le feu sacré du taekwondo ?
Une implication régionale d’abord, mais qui aboutit rapidement à une élection nationale en tant que médecin fédéral. Rassembleur et pondéré, Jean-Dominique Brouland est régulièrement réélu. « Les gens m’ont vu prêter main-forte pendant des années, ils se sont habitués, ils m’aiment bien je crois » conclut sobrement celui qui a effectivement accompagné bien des athlètes dans les moments difficiles, et longtemps l’équipe de France, avec laquelle il voyage au long cours jusqu’au Jeux de Sydney, en 2000.
Il a aimé passionnément tous ces moments de cohésion, de partage des émotions, où chaque situation à vivre est cinématographique : l’arrivée des délégations, l’entraînement préparatoire, l’accompagnement des athlètes jusqu’à la surface de combat…
Progressivement, il s’est éloigné du terrain pour aller vers une dimension plus administrative, s’attachant à faire en sorte que tous les protocoles soient constamment conformes aux règlements ministériels ou à peaufiner les détails à transmettre d’une évacuation sanitaire bien menée. Après avoir été longtemps « le gars qui peut remettre en selle », s’accomplir en homme d’organisation est toujours une façon pour lui d’accompagner de façon positive « tous ces gens de qualité » qu’il a découverts dans la famille du taekwondo. Et puis, il y a un temps pour tout. Bien faire ce travail de suivi des équipes, être celui qui a la confiance des combattants, ce n’est pas seulement de la compétence et des week-ends d’éloignement familial assumés. Il faut construire une relation au quotidien, qu’il n’hésite pas à appeler « ancrage », où tout est partagé, les repas, les chambres d’hôtel, les discussions, les confessions et les doutes. « Ce n’est pas quelque chose sur lequel il peut y avoir des compromis. Si tu dois négocier ton temps, il vaut mieux passer à autre chose ». Désormais la soixantaine passée, licencié au Taekwondo Mudo-Club de Villeurbanne, Jean-Dominique Brouland ne renonce toujours pas à être l’ange gardien du taekwondo français.
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