Fédération Française
de Taekwondo
et Disciplines
Associées.
Fédéral /// Promotion

Pascal Gentil, "L'albatros"

Portrait : Pascal Gentil - Ils ont été élus pour diriger le taekwondo français pour les quatre années à venir. Membres du comité directeur de la FFTDA, ils ont tous un parcours singulier, parfois atypiques. Découverte des femmes et des hommes qui s’engagent pour faire grandir le taekwondo français.
27 mai 2021
 

Pascal Gentil et le taekwondo... Évidente prédestination d’un enfant doué ? D’un guerrier né ? Pas tant que cela finalement. « J’étais plutôt le genre grand maigre qui prend des coups dans les couloirs. Je ne m’imposais pas aux autres. J’étais raide comme un manche à balai. Il m’a fallu bosser énormément pour progresser » explique celui qui deviendra double médaillé olympique en 2000 et 2004. Mais ce garçon sage qui rentre sans traîner après l’école a sans doute senti que cette discipline serait son bon de sortie. Voir le monde, le conquérir, et plus si affinités. « Ce fut mon émancipation. Au Cercle Cénacle où j’ai commencé, il y avait plusieurs clubs pour s’entraîner. De Fontenay où j’habitais, j’allais à Bry-sur-Marne, Sucy-en-Brie, Boissy Saint Léger… C’était mes premiers voyages ».
C’est l’époque Michael Jordan, hip-hop… le début des années 1990. Tony Stépho, un poids lourds, fait un grand écart vertical sous ses yeux à la MJC de Fontenay. Spectaculaire ! Il le suit au club, mais commence par s’asseoir au bord du tapis pour regarder… et refaire tout seul les gestes en rentrant chez lui. Quand on est l’aîné de sept enfants, on ne demande pas d’argent aux parents pour s’inscrire au sport. Un job d’été plus tard et le voilà débutant assidu, se révélant à lui-même son énorme envie d’apprendre, une impatience diffuse qu’il ne se connaissait pas. « Je découvre un art martial qui me donne une direction, une discipline avec un cadre précis qui me permettait de me donner à fond. » On lui donne les règles, il joue, un peu comme on le fait sur la première Playstation qui vient de sortir, dégageant ses adversaires à l’instinct, dans un style peu académique, mais pertinent comme un combo bien appliqué. Sous la houlette de Jean-Michel Brunelle, un élève de Maître Lee Kwan-Young, il se dote d’excellentes fondations… qu’il n’a pas le temps d’attendre. « Ça ne s’apprend pas en un an et demi. Quand ils m’ont vu débarquer en équipe de France, ils se moquaient de moi tellement j’avais de lacunes… » C’est que le drôle d’oiseau qui débarque est arrivé en moins de deux ans en finale des championnats nationaux. A 43 ans, il remporte son 18e titre de champion de France. « Inoxydable Pascal Gentil » titrait alors les journaux. Une force de travail hors-norme, une détermination singulière, presque décalée. « En relisant de vieilles interviews aujourd’hui, je me dis que je devais être parfois difficile à gérer pour mon entourage, les partenaires, l’encadrement… » analyse celui qui est désormais licencié à Monaco. Mais c’est en l’entendant dire, lors de ses premiers Jeux, qu’il n’était pas venu chercher une médaille de bronze que le patron de Nike le signe au retour et sera sponsor du taekwondo français. Car l’albatros a trouvé son ciel, déployé ses ailes. Il est champion d’Europe moins de trois ans après ses débuts, vice champion du monde à Manille en quatre ans… et la suite est connue. Pendant quinze ans Pascal Gentil fera de son propre parcours, mais aussi du taekwondo français, un roman national, un grand récit partagé. Exploit supérieur sans aucun doute à ses trois titres européens, ses trois coupes du monde et ses deux médailles olympiques. Il s’éloigne en 2008, réussissant alors le plus difficile, transférer son potentiel au monde réel. « J’ai voulu être acteur, mannequin… mais j’ai pris le temps de réfléchir et j’ai compris que je voulais surtout être acteur de ma propre vie. C’est Jorge Mora, directeur Asie pour Veolia, conseiller d’Henri Proglio pour les questions de sécurité, qui fut mon mentor. Il m’a appris un métier et des codes. Je lui dois ma seconde vie. » Désormais, le monde est à sa taille. Il est dans le bureau de Nicolas Sarkozy le soir de son élection, il fonde une société d’intelligence artificielle en Chine, une agence de sécurité dans les Caraïbes… sans jamais renoncer à donner au taekwondo la part qui lui revient. « C’est avec le taekwondo que tout s’est ouvert. Nous avons commencé une histoire ensemble, je tiens à la continuer. »