Fédération Française
de Taekwondo
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Le « para » m’a ouvert les portes

Portrait : Bopha Kong - Ils ont été élus pour diriger le taekwondo français pour les quatre années à venir. Membres du comité directeur de la FFTDA, ils ont tous un parcours singulier, parfois atypiques. Découverte des femmes et des hommes qui s’engagent pour faire grandir le taekwondo français.
2 juillet 2021
 

Certaines vies commencent par des catastrophes indicibles qui en auraient abattu beaucoup d’autres. Bopha Kong, fils d’immigré vietnamien à Gonesse vit sa jeunesse comme on la vit dans le quartier. Les bêtises que l’on fait à cet âge-là et dans ces conditions-là, c’est un peu la loterie, soit on en fait des souvenirs, la maturité venue, soit on en paie longtemps le prix. Le jeune homme de dix-huit ans se retrouve privé de ses mains par une bombe artisanale. « Ce qui est fait, est fait » commente-t-il sobrement, désormais quadragénaire. Après, il faut vivre avec. Mais sans le savoir alors, son talent pour le sport lui avait déjà sauvé la vie. Pour éviter de se morfondre, ce boxeur d’anglaise et de « full », doué naturellement, endurant et souple, retourne au club, découvre le taekwondo. Quand on n’a plus la possibilité de frapper avec les poings, il reste les jambes. « Il fallait relever la tête et continuer ». Protéger le jeune homme blessé ? C’est l’inverse. « C’est la force du sport, on est jugé par ce que l’on propose, sur les fondamentaux de l’engagement et de ce que l’on arrive à faire. Je pouvais lever la jambe et envoyer, ceux qui avaient l’expérience l’ont vu rapidement ». Affamé, Bopha devient même leader d’entraînement d’un petit groupe de jeunes qui se passionnent, des ados qui sont aujourd’hui pour la plupart encore membres de son premier cercle d’amis. Il y a des moments qu’on vit à plusieurs, qui creusent des sillons plus profonds que les autres. « On faisait des séries chacun son tour, mais moi, je ne pouvais pas porter les paos au début, alors j’enchaînais souvent », en sourit celui qui allait devenir un combattant reconnu dans le milieu, bien que caché. « Je voulais faire des compétitions, les autres partaient, mais pas moi. Le règlement ne m’autorisait pas à combattre avec des valides — sauf à l’étranger sur certains opens — et le « para » n’existait pas encore » rappelle-t-il. Alors, vers vingt-cinq ans, le corps fatigué par ce à quoi il s’astreint régulièrement pour faire face, Bopha s’éloigne de la compétition, commence à enseigner grâce à la confiance des clubs qui l’ont formé. « Quelques années plus tard, on m’a appelé. C’était le début du para ». Confiant, l’athlète naturel qu’est Bopha Kong sait qu’un mois de préparation sera suffisant. « Enfin je pouvais m’exprimer et montrer que je pouvais être fort ». Il triomphe des obstacles, y compris les premiers plastrons électroniques, et devient champion du monde pour la première fois en 2009, il n’a pas loin de la trentaine. À l’âge où les autres s’arrêtent, et malgré les aléas des catégories de handicap qui le pénaliseront quelques années, la nécessité de gagner sa vie – il sera trois ans gérant d’une franchise de location de véhicule  – il accumule quatre titres mondiaux, un triplé européen, mais aussi, plusieurs fois, des autres continents. « Ça a commencé à devenir vraiment intéressant » dit-il sobrement. Concurrentiel aussi, le niveau augmentant d’année en année. En 2015, l’arrivée du para-taekwondo aux Jeux de Tokyo est officialisée. « Enfin ! Il a juste fallu attendre vingt ans… ». Alors celui qui passe désormais beaucoup de temps chez les kinés, désormais quadra et père de famille, bénéficiant d’un contrat d’insertion pour intégrer le Conseil départemental de Seine-Saint-Denis, celui qui a fondé le Taekwondo Warriors Pantin Club dans la ville où il réside, tout en gardant un pied à Bondy, a toujours sa carrière et le titre olympique en ligne de mire. « Cette fois, j’ai plutôt pensé à moi ». On n’est jamais seul quand on est un exemple pour les autres. On lui souhaite sincèrement l’or, pour lui, pour sa famille, mais aussi pour la communauté para dont il se sent un pionnier, avec une responsabilité à prendre désormais au sein du comité directeur. « Je veux partager mon expérience, être un grand frère, faire du para une force nouvelle au sein de la FFTDA.»