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« Ma mission était de valoriser le taekwondo en France » Me Lee Kwan-Young

Honoré au grade de Chevalier dans l’Ordre national du Mérite à soixante-seize ans, le grand Maître Lee Kwan-young s’est vu remettre cette prestigieuse distinction ce samedi 17 décembre
17 décembre 2022
 

Légende Photo - de gauche à droite : M. Denis Odjo, M. Paul Viscogliosi, Me Lee Kwan-Young, M. Hassane Sadok (Président FFTDA), M. Francis Didier (Président FFKAMA), M. Roger Piarulli

Honoré au grade de Chevalier dans l’Ordre national du Mérite à soixante-seize ans, le grand Maître Lee Kwan-young s’est vu remettre cette prestigieuse distinction ce samedi 17 décembre, à l'INSEP. Un hommage en forme d’accomplissement qui a donné matière à réflexion au pionnier du taekwondo français. Il a accepté de s’en ouvrir avec nous.

Maître, que représente pour vous cette distinction ?
En arrivant en France à la fin des années 1960, je ne connaissais presque rien de ce pays ni de sa culture, rien de sa société ni de ses codes. Je n’avais aucun objectif, sinon celui de venir enseigner l’art martial. Je n’ai jamais cherché ce genre de récompense. Fondamentalement, jusqu’à aujourd’hui, c’est ce que j’ai continué à faire : enseigner. Alors je dois reconnaître que sur un plan personnel, cela ne me fait pas grand-chose ! Ce n’est pas dans ce genre de signes que j’investis. Je préfère la reconnaissance directe des élèves, même si, au fond, je ne l’attends pas. Enseignant, c’est une posture un peu ingrate et il ne faut pas s’attendre à recevoir. Mais j’ai bien conscience aussi que ce genre de décision ne vient pas toute seule. Il a fallu demander pour moi. Le Président Hassane Sadok a fait la démarche et j’apprécie beaucoup cette attention. La joie de mes élèves, de mes proches, de mon fils, c’est ce qui lui donne de la valeur à mes yeux. Cette joie, je la partage avec tous les pratiquants de taekwondo de ces cinquante dernières années. Ce mérite, c’est le leur.

 

« Jusqu’au bout, je serai le garant de la pratique traditionnelle du taekwondo »

 

Dans son esprit, cette récompense est la marque symbolique d’un accomplissement personnel et social. Que pensez-vous avoir accompli ?
Je suis un homme du passé. Je me méfie de toutes les technologies nouvelles. Aujourd’hui, les smartphones règnent sur les esprits et les rendent esclaves. Moi, je le suis déjà de ma montre, qui me donne l’heure exacte et m’oblige à courir. Alors j’arrive à rester un peu seul avec moi-même et c’est déjà beaucoup. Quand un camion se déplace à vide, il fait beaucoup de bruit. Quand il est plein, il devient silencieux. L’esprit, c’est pareil. Je cherche toujours les principes de l’efficacité, la puissance, la vitesse, la précision. Il y a encore du travail.

Sur le plan collectif ? On a tous une mission peut-être. La mienne était de venir ici valoriser le taekwondo en France. J’en ai cassé des briques et j’en ai fait des coups de pied sautés pour ça ! Désormais, je suis comme le grand-père de la famille. Je suis sur le côté avec le sourire et je regarde. Je ne tire plus l’attelage, mais je peux encore donner un coup de main pour pousser.

Que vous reste-t-il à accomplir ?
Je suis venu ici avec l’unique projet d’enseigner l’art martial traditionnel. Je le fais à l’ancienne, en demandant à l’élève de montrer qu’il souhaite s’investir. Je ne fais pas de portes ouvertes ou de publicité pour avoir plus de monde. C’est ma conception. Le monde change, le taekwondo aussi. Il y a la forme sportive, et encore d’autres formes qui correspondent à différentes demandes. Jusqu’au bout, je serai le garant de la pratique traditionnelle du taekwondo. Voilà ce que je dois continuer à faire.

Propos recueillis par Emmanuel Charlot / Sen No Sen - Photos : Amandine Lauriol