Franck Cribaillet, le sentiment des pionniers
Il fait partie des trois Français membre de l’équipe de France de taekwondo aux JO de Séoul (Corée), en 1988. La trajectoire de Franck Cribaillet ? Le récit d’une montée en puissance vers les Jeux de Séoul, d’une expérience olympique unique, et la richesse d'une vie après le sport. De l'ascension fulgurante aux défis de l'après-carrière, découvrez comment le taekwondo a forgé son caractère et son destin.
Premier champion d’Europe français
« Du début de ma carrière en 1980, jusqu’aux Jeux olympiques en 1988, j’ai fait de belles performances. Champion de France et vainqueur de la coupe de France à plusieurs reprises, cinquième aux championnats du monde, je suis devenu le premier Français champion d’Europe de taekwondo en 1986. Lorsque la présélection pour les Jeux a commencé en 1987, je me suis donc dit que c’était le moment pour moi. J’étais en forme, je pouvais prétendre à une médaille, mais surtout je voulais vivre les Jeux coûte que coûte. Ma catégorie initiale des -64kg n’étant pas sélectionnée, j’ai dû prendre du poids et monter en -70kg pour pouvoir concourir. Ce sont des mois de préparation physique, d’entraînements, de stages, pour en arriver là. Mais ça en valait la peine. »

« Les Jeux ? Pas pour nous ! »
« Les Jeux olympiques, c’est un rêve de gosse. Enfant, je passais, tous les quatre ans mes mois d’août, alors en vacances en Corse, à suivre chaque épreuve de chaque sport. J’avais été particulièrement marqué par les Jeux de Munich en 1972, j’avais douze ans et je revois assister à la première médaille française en judo. Pour autant, quand je me suis lancé dans le haut niveau en 1980, je ne pensais pas du tout faire les JO un jour, ça me paraissait inatteignable, pas pour nous quelque part. Puis, peu à peu, le taekwondo s’est développé mais je me disais que j’aurais arrêté ma carrière avant que mon sport ne devienne olympique. Finalement, à partir de 1984-85, je me suis autorisé à y rêver… Et j’ai bien fait, puisque quelques années plus tard, j’étais à Séoul pour vivre cette expérience unique. »

Séoul, en dehors du temps
« À vingt-huit ans, je fais donc partie des quatre sélectionnés pour les Jeux olympiques de Séoul en 1988, les tout premiers en taekwondo. Sportivement, ça ne s’est pas bien passé. J’ai perdu au premier tour. Ça a été une grosse désillusion. Mais ça n’en fait pas moins l’une des plus belles expériences de ma vie. Les Jeux olympiques sont la plus grande fête sportive au monde. Ce que j’imaginais, ce que j’avais vu à la télévision depuis tout jeune, tout correspondait. C’était fabuleux, très impressionnant aussi, car c’était notre première compétition pluridisciplinaire. Mais ce qui m’a surtout marqué le plus sans aucun doute, c’est l’entrée dans le stade olympique avec toute la délégation française, devant près de quatre-vingt mille personnes. Toute ma famille a pu me voir à la télévision. C’était une expérience en dehors du temps. »

La vie après l’olympisme
« Quand je suis rentré en France, toute ma famille était fière de moi. Marseille aussi, j’ai reçu la médaille de la ville. Par la suite, j’ai arrêté le haut niveau et j’ai intégré le service technique de la ville, tout en devenant entraîneur national en 1990. Quelques années plus tard, on m’a proposé de monter une école municipale d’arts martiaux. J’ai quitté l’équipe nationale pour vivre cette nouvelle aventure jusqu’en 2004. Puis je suis revenu dans le pôle technique de la ville de Marseille, un poste que j’occupe encore aujourd’hui, et qui me passionne. J’ai tourné la page du haut niveau, mais j’en conserve une forme de discipline et un leadership. Je continue à pratiquer le taekwondo, le tennis, le football en loisirs. Et bien sûr, je suis de près l’actualité du taekwondo, et je serai devant ma télévision cet été pour espérer voir les Français remporter des médailles. »
Propos recueillis par Mélaine Cochonneau / Sen No Sen

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