Thierry Dedegbe, des étoiles dans les yeux
Une longue préparation
« À l’approche des Jeux olympiques de Barcelone de 1992, nous savions qu’il allait y avoir une nouvelle opportunité pour le taekwondo, après avoir été en démonstration en 1988. Les médailles ne seraient pas officiellement comptabilisées, mais ce n’était pas grave, nous voulions tous y participer ! Pour y prétendre, il fallait faire être médaillé, soit sur un championnat du monde, soit sur un championnat d’Europe. Ça a été mon cas : j’ai remporté la médaille d’argent chez les - 54 kg aux championnats d’Europe en 1990. Mais pour être certain de faire le voyage avec l’équipe de France, je me suis entraîné deux fois plus, tous les jours, avec beaucoup de préparation en altitude, beaucoup de stages. Je me souviens avoir donné de ma personne (sourire). Pour autant, l’attente a été longue avant d’avoir le verdict final et il a fallu gérer ça nerveusement. Avant la libération : j’étais officiellement sélectionné pour ces JO de Barcelone quelques mois avant la compétition. »
.jpg)
De spectateur à compétiteur
« Les JO, c’est peut-être le seul événement planétaire durant lequel tout le monde peut regarder n’importe quel sport, même s’il ne le suit pas le reste de l’année, même quand on ne connaît pas les règles ! Moi, sincèrement, jusqu’en 1988, je n’avais jamais regardé les JO avec l’idée que j’y serais un jour. Après Séoul, j’ai commencé à y penser, à m’y voir même, mais je ne me faisais pas d’illusion, j’avais peu de chance. Je ne m’étais pas fixé l’objectif d’y être quatre ans après, pour ne pas être déçu si je n’étais pas sélectionné. C’est seulement un an avant les Jeux de Barcelone que je me suis permis de vraiment commencer à y rêver. »
« Je souhaite les Jeux à tous les athlètes »
« Barcelone, ce n’est pas très loin pour nous Français. Pourtant, quand je suis arrivé sur place, j’ai été dépaysé. Dans le village olympique, il y avait toutes les cultures, tous les sports. Et quand j’ai aperçu le bâtiment où était écrit ''France'', je me suis senti fier et privilégié. Vivre de l’intérieur ce dont on rêve depuis toujours, c’est extraordinaire. Les Jeux olympiques, c’est ce que je souhaite à tous les athlètes, quelle que soit la discipline. J’étais comme un gamin quand je croisais des athlètes que j’admirais comme Carl Lewis, Marie-José Perec ou encore Michael Jordan. Il n’y a qu’aux Jeux qu’il est possible de croiser ces trois personnes au même endroit, au même moment. Participer était donc déjà extraordinaire, mais y gagner une médaille, c’était mon objectif. Le titre de médaillé olympique est intemporel, il fait rêver tout le monde. Malheureusement, je perds en quart de finale dans la catégorie des poids mouches, à la porte des demies. Je connaissais le stress, mais je n’avais jamais ressenti la réelle pression avant de participer aux Jeux. Et malheureusement j’ai succombé sous son poids, je n’ai pas réussi à m’en libérer. J’étais très bien préparé physiquement, mais peut-être pas assez mentalement. »
.jpg)
Former la relève
« Après les Jeux de Barcelone, j’ai continué le haut niveau pendant six ans. Mais le feu s’est éteint petit à petit. Après avoir participé à quelque chose d’aussi grand, je n’avais plus l’ambition nécessaire au haut niveau. J’avais déjà vécu toutes les grandes compétitions dont un athlète rêve. J’avais l’impression d’en avoir vu assez. Donc j’ai refait quelques compétitions, sans réel objectif, et j’ai arrêté. À ce moment-là, je me suis dit qu’au lieu de me battre contre les jeunes qui arrivaient, avec une meilleure forme physique que moi, avec de l’ambition et de la détermination, j’allais les accompagner grâce à mon expérience, pour qu’ils aillent à leur tour réaliser de belles choses. Je voulais rendre au taekwondo tout ce qu’il m’avait apporté. Je continue donc à dispenser des cours et je forme des jeunes au haut niveau, tout en travaillant à côté pour une municipalité près de Lyon. Je suis heureux de voir que les choses ont évolué pour les athlètes, que la fédération de taekwondo est devenue une fédération à part entière, et que le sport se développe. Je suis certain que nous avons des chances de médailles olympiques cet été. Je serai derrière eux ! »

Espace Arbitrage