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Christophe Negrel : Du tapis à l'objectif

Christophe Negrel, d’athlète olympique à photographe passionné ou le témoignage de la manière dont l’expérience du haut niveau peut enrichir d’autres domaines de la vie.
24 juin 2024
 

En concurrence directe avec Mamédy Doucara

« J’étais en bonne forme au moment de la préparation de ces Jeux olympiques d’Athènes. J’avais été vice champion du monde en 1997, deuxième en coupe du monde en 2000, troisième aux championnats d’Europe en 1994 et 2000, et vice champion d’Europe en 2004. Mais ma catégorie était celle des -80kg, et elle n’était pas sélectionnée pour les Jeux. Pour pouvoir tenter ma chance, je devais donc en choisir une autre parmi les quatre en compétition. Soit je perdais du poids pour descendre -68kg, ce qui impliquait un régime sévère, soit j’en prenais pour me battre chez les +80kg. J’ai fait le choix de monter en lourds, et je me suis retrouvé en concurrence directe avec Mamédy Doucara, le champion du monde 2001. C’était du costaud. On a fait beaucoup de tournois, de stages… J’ai finalement été sélectionné pour participer au tournoi de qualification olympique qui se tenait à Paris, et je l’ai remporté dans ma catégorie. C’était vraiment un très bon moment de ma carrière. »

Une vie pour le taekwondo

« Ma vie, à ce moment-là, c’était le taekwondo. Je mangeais taekwondo, je dormais taekwondo. C’est tout ce qui comptait pour moi. Et les Jeux olympiques sont venus à moi, comme un bonus. Certes, c’est un événement très particulier et très médiatisé. Mais je l’ai vraiment pris comme une compétition comme les autres. Tout ce que je voulais à ce moment-là de ma carrière, c’était gagner des tournois et performer. Mon but était de réaliser des choses exceptionnelles, surtout au niveau du combat pur. Donc j’ai donné autant d’importance aux Jeux qu’à un championnat d’Europe ou un championnat du monde. C’était un moyen pour moi d’obtenir un titre que je n’avais pas encore. En 2000, j’avais été sélectionné pour participer au tournoi de sélection pour les Jeux de Sydney, mais je m’étais blessé. 2004 était donc enfin ma chance d’ajouter une médaille olympique à mon palmarès. »

Des frères de combat

« Les Jeux olympiques, c’est évidemment quelque chose à vivre pour un athlète. Mais personnellement, j’en garde un souvenir un peu gris. J’ai perdu en quart de finale de ma catégorie, contre un combattant que j’avais déjà rencontré une dizaine de fois dans ma carrière. J’étais déçu, car je me sentais capable de faire plus, d’aller plus loin. Pour autant, je n’ai pas de regrets parce que je sais que je n’ai pas triché sur le tapis, que je suis resté fidèle à mon style de combat généreux, parce que ma priorité était le plaisir de combattre. Ce que j’aurais aimé, en revanche, ça aurait été de participer à la cérémonie d’ouverture des Jeux. Nous ne sommes arrivés sur place que la dernière semaine, et il n’y avait plus beaucoup d’athlètes dans le village olympique. J’aurais aimé pouvoir arriver plus tôt et m’entraîner là-bas, pour vivre l’expérience totale. Malgré tout, mon entraîneur de l’époque, Philippe Pinerd, qui a beaucoup compté pour moi, a su créer une équipe forte et soudée. Nous étions un super groupe, des frères de combat, avec une vraie cohésion. Et ça, c’était génial, ça me restera à vie. »

Un bagage essentiel pour le reste de ma vie

« Après les Jeux, je ne savais pas trop si j’allais continuer le haut niveau. J’ai quand même participé aux championnats d’Europe en Lettonie en 2005, et j’ai bien fait, puisque je suis revenu avec une médaille d’or. C’était une très belle compétition, qui s’est conclue sur un titre que je n’avais pas encore. Puis, mon entraîneur a été écarté, il y avait moins de cohésion de groupe. J’ai participé aux championnats de France suivants où j’ai été battu en finale. Je n’avais jamais perdu dans cette compétition et je m’étais toujours dit que le jour où ça arriverait, je devrais arrêter. Ça a été douloureux, c’est une retraite qui s’est imposée à moi, ce fut assez difficile, mais c’était le moment pour moi de mettre fin à ce parcours dans le haut niveau. Je me suis alors mis à la photographie, un art qui m’a permis de faire la transition, de m’exprimer, et que je pratique encore aujourd’hui. J’affectionne particulièrement prendre des portraits et immortaliser des scènes de vie. J’ai fait pas mal de reportages, dans le sport mais aussi dans beaucoup d’autres milieux que j’ai découverts. Parallèlement à ce nouvel univers d’expression, je suis resté sportif au quotidien, pour me maintenir en forme. Quand je repense au haut niveau ? Je me dis qu’il m’a beaucoup apporté : des rencontres exceptionnelles surtout, des amis avec qui j’ai partagé des moments inoubliables, que l’on ne peut vivre que dans le sport. Ce chemin, cette pratique intense, m’ont aussi permis de me connaître. J’ai fait face à mes peurs, à mes faiblesses, et je les ai affrontées. Mais tout ça, je l’ai compris plus tard, avec du recul et de la maturité. Un bagage essentiel pour le reste de ma vie. »

Photos : Taekwondo Hwarangdo N° 19 - Denis Boulanger