Mah Fofana, Puissance Quatre?
Mah Fofana, puissance quatre ?
Qu’importe si elle ne peut prétendre à un troisième triplé national juniors-espoirs-seniors consécutif cette saison du fait de ses dix-huit bougies qu’elle soufflera dimanche, la combattante du Strasbourg Taekwondo Académie voit déjà bien plus loin. Et 2025 pourrait bien être son année, en commençant par un quadruplé ce week-end chez les espoirs.
Sur les aires de combat du complexe sportif Camille-Muffat de Clichy, elle n’aura besoin de personne pour aller chercher un premier cadeau d’anniversaire qui lui tend quasiment déjà les bras. « À condition de rester bien concentrée, tempère d’emblée la jeune Alsacienne avant de revenir sur cette épreuve qui la lança définitivement sur la route du succès au printemps 2022. J’étais sortie terriblement frustrée des championnats de France juniors trois mois plus tôt (défaite lors de son premier combat, NDLR), et cette première victoire m’avait permis de rebondir assez vite. À bien y regarder, cette catégorie des espoirs te pousse toujours au défi : lorsque tu es junior, tu as envie de rivaliser avec les plus vieux en allant gagner sur leur "terrain", et, c’est désormais mon cas en arrivant en première année espoirs, tu ne veux surtout pas laisser passer la relève devant toi. À titre personnel, avec mes titres des dernières années, cela devient une responsabilité de gagner encore et toujours. Me dépasser pour être la meilleure, voilà une bonne motivation qui va m’animer sur ces championnats de France espoirs, mais aussi en seniors mi-février à Montpellier, avant de m’élancer dans le parcours de positionnement pour l’international. »
"cette catégorie des espoirs te pousse toujours au défi : lorsque tu es junior, tu as envie de rivaliser avec les plus vieux en allant gagner sur leur "terrain"'
Un compteur mondial à débloquer
Titulaire lors des championnats d’Europe seniors l’an dernier, Mah Fofana (-49kg) n’aspire en effet qu’à collectionner les capes dans la cour des grands. « Cette première expérience ne s’est pas avérée très positive parce qu’il n’y a pas eu de podium au bout, mais je ne fais que progresser, comme l’a prouvé ma médaille de bronze lors de l’Euro espoirs qui ne doit être qu’un début sur mon chemin. » Un chemin qu’elle voudrait voir passer cette année par la Chine – hôte des championnats du monde seniors du 24 au 30 octobre – et le Kosovo – qui accueillera les championnats d’Europe -21 ans les 1er et 2 novembre, sans oublier les premiers championnats du monde espoirs qui attendent encore de connaître leur destination… « Sur cette première année de l’olympiade, ce serait vraiment intéressant qu’elle accroche une médaille mondiale, qui nous rassurerait sur nos choix des derniers mois, comme celui d’aller s’entraîner à l’INSEP depuis la rentrée dernière, prolonge Frédéric Schmidt, son entraîneur depuis qu’elle a enfilé son premier dobok à l’âge de quatre ans. Vu son potentiel, on lorgne forcément déjà sur les Jeux de 2028, qui arriveront dans un bon timing pour elle. Il y a encore beaucoup à faire d’ici là, bien sûr, mais Mah possède déjà une belle maturité, qui fait que l’on a l’impression qu’elle combat comme une senior depuis longtemps. Lorsqu’elle monte sur l’aire de combat, elle ne doute pas une seconde de ce qu’elle est capable de faire pour en ressortir victorieuse, s’imposant la plupart du temps physiquement, même contre plus technique qu’elle, grâce à sa grande taille pour la catégorie et sa puissance. Quand elle envoie, je peux vous assurer que ça fait mal ! » Les seniors du dernier Dracula Open, qu’elle a remporté en octobre dernier, ont pu le constater…
"Vu son potentiel, on lorgne forcément déjà sur les Jeux de 2028, qui arriveront dans un bon timing pour elle."
Savoir perdre pour mieux gagner
Paradoxalement, c’est du côté de la défaite que son entraîneur espère aussi la voir évoluer dans les prochains mois pour contribuer à son développement. Il s’explique. « Vu qu’elle ne connaît pas très bien cette configuration, elle en vient à s’emballer et à s’énerver quand le scenario ne tourne pas en sa faveur. Et même si l’on a beau mettre en place des ateliers où elle est menée en fin de round à l’entraînement, rien ne remplace l’expérience de la compétition. Ça m’embête de dire ça, mais c’est certain qu’avec quelques revers, elle parviendra mieux à gérer des duels serrés, où il faudra en passer par un troisième round indécis, etc. » Dans les tribunes du Grand Palais lors des Jeux olympiques de Paris cet été lors du premier jour de compétition, celle qui culmine actuellement à 14,5 de moyenne en terminale générale a d’ailleurs pu voir comment œuvraient les meilleurs, à un niveau où tout se joue sur des détails, en quelques millièmes de secondes. « Avoir assisté au nouveau titre de la Thaïlandaise Panipak Wongpattanakit dans ma catégorie m’a bien fait prendre conscience que tout était possible avec de la détermination, du mental et de la concentration. Sur cet aspect, j’ai déjà beaucoup travaillé avec un préparateur mental, pour renforcer cette conviction que j’ai toujours eue en moi, et je vais continuer sur cette voie. » Gare à qui osera se mettre en travers de son chemin !
"Avoir assisté au nouveau titre de la Thaïlandaise Panipak Wongpattanakit dans ma catégorie m’a bien fait prendre conscience que tout était possible avec de la détermination, du mental et de la concentration."
Propos recueilli par Antoine Frandeboeuf - Sen No Sen // Photos : Amandine Lauriol
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