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Mustapha Ismaïli : Intégration et dévotion

Ce Breton d’adoption n’est pas du genre à tirer la couverture à lui. Pourtant, derrière son parcours, se cache l’une de ces petites victoires dont le taekwondo, et sa responsabilité sociale, peut être fier.
13 mars 2025
 

De tous les championnats nationaux cette année, ce Breton d’adoption n’est pas du genre à tirer la couverture à lui. Pourtant, derrière son parcours qui l’a – pour l’instant – mené au grade d’arbitre national premier degré, se cache l’une de ces petites victoires dont le taekwondo, et sa responsabilité sociale, peut être fier.

Trouver quelqu’un posant un commentaire négatif sur Mustapha Ismaïli se révèle peine perdue en arpentant les aires de combat qu’il fréquente en France depuis bientôt près de vingt ans. Une unanimité qui s’explique à la fois par sa bonhomie et sa discrétion, comme le révèle Karima Lamine, membre du comité directeur de la FFTDA et coresponsable de l’arbitrage lors des compétitions nationales. « Il se complaît tellement à rester à l’ombre que l’on ne pense même pas à lui parfois, alors qu’il mériterait bien plus de reconnaissance pour tout ce qu’il accomplit pour l’arbitrage français. » Pourtant, c’est bien sous le soleil que son histoire débute, dans son Maroc natal, à raison de dix kilomètres aller-retour pour rallier, en vélo, le club de Rissani, seule alternative au football à proximité du domicile familial de celui qui dévorait à l’adolescence les films de Bruce Lee. Un premier apprentissage jusqu’à la ceinture rouge qu’il mettra instinctivement de côté en posant en 2006 ses valises du côté de Lanester, port d’attache de son épouse. « J’ai voulu repartir de zéro en arrivant en France pour apprendre la même chose que les autres », glisse simplement le principal intéressé. Il poussera cette fois jusqu’au deuxième dan, tout en obtenant son DIF et son CQP pour pouvoir encadrer des séances, comme il le fait aujourd’hui au sein du Foyer Laïque de la commune morbihannaise.

L'arbitrage... chemin vers l'intégration

En parallèle, il décide également de se confronter en compétition, en se présentant aux championnats de Bretagne combat. Sauf que sa nationalité l’empêche de concourir, au grand désarroi de son entraîneur, mais pas du sien. « Quitte à m’être déplacé, je m’installe dans les tribunes, jusqu’à ce que j’entende que les organisateurs recherchent de l’aide au niveau de l’organisation. Je me propose, et tout débute alors pour moi : je rencontre des gens, je vois du pays. Mon intégration à la société française, je la dois en grande partie à l’arbitrage. Porté par une immense motivation, j’ai rapidement cherché à m’impliquer pleinement dans le taekwondo. En 2011, après avoir découvert l’affiche du Tournoi International de Paris sur internet, j’ai décidé de faire le déplacement par mes propres moyens. Dès mon arrivée, j’ai assisté au briefing des arbitres avec enthousiasme. Serge Sembona, alors responsable, m’a offert l’opportunité d’observer et d’apprendre sur le terrain en me positionnant derrière la caméra. Ce premier contact avec l’arbitrage a été une révélation. Quelques mois plus tard, j’ai pu réitérer cette immersion lors des championnats de France à Calais. Cette reconnaissance a renforcé ma détermination à progresser et à m’investir davantage dans l’arbitrage. Depuis, j’ai gravi les échelons jusqu’au grade national premier degré et j’occupe aujourd’hui la fonction de responsable d’arbitrage de la ligue de Bretagne. »

« Un artiste de la pédagogie »

C’est dans ce rôle qu’il a notamment croisé la route de Grégoire Guérard, combattant du Chonkwon Taekwondo Chantepie devenu jeune arbitre national du haut de ses quinze ans. « À la suite d’un premier stage avec Mustapha, je me suis surpris à avoir envie de persévérer dans l’arbitrage C’est lui qui a décidé de me lancer dans le grand bain, à l’occasion des derniers championnats de France espoirs, en me faisant confiance. L’avoir à mes côtés est rassurant car je sais qu’il m’aidera toujours à m’améliorer, en se montrant toujours constructif dans ses debriefings. » Mustapha dévoile d’ailleurs sa vision des choses. « Un bon arbitre étant, de mon point de vue, quelqu’un qui maîtrise tout ce qui concerne l’environnement du combat, je travaille énormément sur les automatismes lors de mes formations, en ayant recours à de nombreux jeux ludiques qui me permettent d’aller plus vite que si je devais tout expliquer. Sur une grande bâche, j’ai par exemple imprimé un jeu de l’oie où l’on retrouve toutes les situations que peut retrouver un arbitre en combat, et que les stagiaires doivent reproduire lorsqu’ils tombent sur telle ou telle case. Dans la même idée, j’ai créé un ballon où chaque alvéole représente un cas pratique, ou encore un tableau de marque aimanté sur lequel on peut simuler tous les scores avec les différents types de points correspondants. » Autant de bonnes idées qu’il entend partager au plus grand nombre grâce au relais de la fédération, évidemment ravie de compter dans ses rangs sur un élément aussi actif que lui. « Son aide est précieuse avec tous ces documents qu’il arrive à produire, salue Adolphe Yao, manager des arbitres au niveau national. On peut dire que Mustapha est un artiste de la pédagogie, avec une créativité qu’il met au service de son sens du devoir. Avec lui, c’est toujours "dis-moi ce dont tu as besoin, je vais trouver comment tu peux t’en dispenser" et il trouve toujours la solution adéquate. Grâce à lui, ce sont aussi beaucoup de bons jeunes qui se sont investis dans l’arbitrage. » Des héritiers à bonne école pour continuer de faire de l’arbitrage une mission d’avenir.  

Texte : Antoine Frandeboeuf / Sen No Sen
Photo : Amandine Lauriol