Médical : une équipe inédite
Pour la première fois sur le Grand Prix, l’équipe médicale a intégré un groupe de jeunes soignants : étudiants en médecine, kinésithérapeutes, étudiants en kiné, pour la plupart pratiquants de taekwondo. Douze profils venus de Paris, de Lyon, de Rennes, tous bénévoles, répartis sur les quatre jours au bord des aires de combat. À l’origine de ce projet inédit, le Mikahil Bayar Tutuncuoglu, médecin référent*, qui voulait retrouver l’esprit de partage qu’il a lui-même vécu aux Jeux de Paris 2024. Explications de ce projet novateur et très valorisant pour le taekwondo français.

« Retrouver ce que j’ai vécu aux JO »
« J’ai voulu retrouver ce que j’ai vécu aux Jeux olympiques de 2024. Il y avait un vivier de passionnés, à la fois de sport et de santé, et une coopération extrêmement bien huilée. En général, dans la santé, on travaille avec des gens que l’on connaît un minimum. Là, on ne se connaissait pas : j’ai lancé un appel à candidatures et nous avons créé des rencontres de manière neutre, sans a priori. Une expérience marquante pour tous, je l’espère. C’est tout l’esprit du sport que de se rencontrer à travers nos métiers. C’est ce lien que je recherche, et que j’ai voulu faire partager. Et si cette expérience peut révéler des vocations, c’est juste formidable ! »
« On apprend tous les uns des autres »
« Aujourd’hui, une équipe médicale ne peut pas travailler de manière isolée : kiné, médecin, préparateur physique… Quand les cerveaux se réunissent autour d’une problématique, c’est une richesse. Nous avions douze profils différents, nous nous sommes répartis les rôles et les journées. Au début, il y avait un peu de stress, beaucoup de questions. Mais moi aussi, j’ai appris : une kinésithérapeute m’a présenté un protocole récent de rééducation du genou que je ne connaissais pas. J’ai une quinzaine d’années d’expérience, ce n’est pas pour autant qu’il faut se fermer aux nouveautés. »

« Rapide, à l’écoute, et intransigeant »
« Sur l’aire de combat, on intervient à la demande de l’arbitre. Une épaule déboîtée, on la remet en place, puis on vérifie qu’il n’y a pas de complication. Car un athlète qui ne peut plus protéger sa tête à cause de son épaule peut être victime d’une commotion cérébrale ensuite. Il faut être rapide, efficace, à l’écoute. Certains athlètes veulent continuer le combat : il faut alors être intransigeant quand on perçoit un danger. Mais si on explique bien les choses, même en peu de temps, la fermeté devient presque inutile. »
« C’est aussi l’enfant de quelqu’un »
« Le taekwondo est un sport de combat, où les coups à la tête sont autorisés. Garder cette spécificité de la pratique tout en la sécurisant, c’est toute la beauté de la combinaison entre sport et médecine. Il faut que les protocoles soient à jour, que les gestes de secours et d’évacuation soient répétés, sans stress. Chaque athlète peut être un espoir olympique, chacun a son parcours de compétition mais, avant tout, c’est l’enfant, le mari, la sœur de quelqu’un. Je souligne que l’ensemble de nos compétitions, nationales et internationales, sont extrêmement bien sécurisées et sécurisantes pour les athlètes, notamment en termes de commotion cérébrale. »
Intégrés à l’équipe, ils racontent
Ils ont répondu à l’appel du Dr Mikahil Bayar Tutuncuoglu sans se connaître et ont vécu, quatre jours durant, leur première immersion dans la médecine du sport de haut niveau. Kinés tout juste diplômés ou étudiante en médecine, qui plus est tous liés au taekwondo, trois d’entre eux racontent ce qu’ils retiennent de cette expérience.
Anthony Carré
« Réunir ma passion et mon métier »
26 ans, Lyonnais, kinésithérapeute du sport diplômé depuis deux ans, en formation de préparateur physique, ancien membre des équipes de France jeunes de combat et coach.
« Participer à un événement comme celui-ci, ce n’est pas quelque chose auquel on est confronté d’habitude. En tant qu’ancien combattant et pratiquant, voir l’élite du taekwondo mondial, c’est réunir ma passion et mon métier. J’ai pu découvrir la gestion de l’immédiat sur l’aire de combat, en direct, avec le timing serré de la minute d’intervention pendant un combat. Je m’attendais à plus de blessés, il y en a eu assez peu et tant mieux. ! Ce sont de longues journées, mais je reviendrai avec plaisir. »
Kim Nguyen-Guyader
« Zéro traumatisme crânien, tant mieux pour les athlètes »
Pratiquant d’hapkido, kinésithérapeute du sport venue de Rennes, elle a notamment pu prendre en charge un athlète qui n’avait pas de kiné.
« Je suis venue pour le côté professionnel : la gestion de la blessure dans l’immédiat, les gestes d’urgence sur le tatami, et l’ambiance d’une compétition internationale de haut niveau, qu’on ne voit pas tous les jours. On a eu des entorses de genou, des luxations d’épaule, des contusions, quelques plaies buccales, mais aucun traumatisme crânien, aucun KO : tant mieux pour les athlètes ! C’est fatigant, il faut être vigilant en permanence. Mais avec les médecins et la sécurité civile, on a formé un super collectif. »
Apolline Laleu
« Révélateur de ce que je veux faire plus tard »
Parisienne, étudiante en cinquième année de médecine, elle pratique le taekwondo en poomsae.
« Pour une étudiante non diplômée, c’est une expérience unique, magique. Les études sont longues et on a envie de se projeter : là, c’était l’occasion parfaite de tout mettre en pratique. Ça a été révélateur de ce que je veux faire plus tard. La médecine du sport est une spécialité où il y a très peu de places, que l’on ne découvre presque pas pendant le cursus. Moi qui fais du poomsae, j’ai découvert le combat de haut niveau et c’était vraiment une belle expérience et grâce à l’encadrement de Mikahil, on a pris confiance. »
L’équipe médicale
Autour du Mikahil Bayar Tutuncuoglu, ils étaient douze à se relayer durant les quatre jours de compétition : Emma Baujard, Anthony Carré, Anaïs Gomez, Angie Kumba Lidjobo, Apolline Laleu, Justine Langlais, Kim Nguyen-Guyader, Shaina Ould Ahmed, Eliott Prodhomme, Noémie Rodrigues, Manon Tolen et Karina Yakoubova.
*Issu du karaté kyokushinkai, Mikahil Bayar Tutuncuoglu exerce comme médecin légiste et comme spécialiste en médecine physique et de réadaptation.
Texte : Olivier Remy, Sen No Sen // Photos : Amandine Lauriol

Espace Arbitrage